Le règne de Louis XIV roi de France (1643-1715) fut singulièrement celui de l’amour des cartes et du jeu, ainsi que nous l’apprend il y a quelque 171 ans l’historien français des cartes à jouer Paul Boiteau d’Ambly (1830-1886) dans son ouvrage, « Les cartes à jouer et la cartomancie » paru à Paris en 1854 au début du second Empire.
« Le jeu qui est interdit à la foule, le jeu à émotions, le jeu à surprises, le jeu à finesses aussi, est permis, ordonné à Paris, à Fontainebleau, à Saint-Germain ; plus tard à Marly et à Versailles. »
C’est que le « Roi Soleil » (6♦) comme le retiendra plus tard l’histoire, voyait un grand avantage dans la nécessité où il mettait ses courtisans et plus généralement les grands nobles du royaume de France de devenir des joueurs frénétiques. Comme l’écrit Paul Boiteau d’Ambly, « Comme il n’y a guère de situation où la valeur morale des individus, et même leurs autres qualités ou leurs vices, se révèlent mieux que dans le jeu, il y avait de la facilité à les observer et à les connaître. Il y voyait encore ce profit pour la royauté, que le jeu égalise les rangs ».
Le roi, joueur lui-même, perdait toujours dit-on à trente-un de trèfles, et disait : « Le trèfle ne gagne point contre le pique, en ce pays-ci ».
Si le château de Versailles apparaît lui-même marqué symboliquement par les cartes à jouer, notamment dans ce rébus étrange de la Galerie des Glaces en lien avec l’histoire et l’orientation même du bâti comme l’ont découvert et relaté Howard Crowhurst et Guilhem Morera, le Roi et sa cour purent s’intégrer eux-mêmes à cette symbolique à l’aube de ce nouveau siècle que l’histoire retiendra comme le « Siècle des Lumières » : voici les faits relatés par les témoins de l’époque et repris par les historiens.
Ce mercredi 17 février 1700, le Roi quitte Versailles à la nuit tombée et se rend en carrosse au château de Marly, tout proche de Versailles pour y passer le reste de la semaine. C’est que dans deux jours, le vendredi 19 février (6♦) se tiendra à Marly le tout-premier carnaval de ce siècle nouveau sous la forme d’une mascarade ou ballet de cartes à jouer. Comme l’écrit un courtisan le 10 février, « Madame la duchesse de Bourgogne répète tous les jours, chez Madame de Maintenon (6♥), une entrée qu’elle doit danser au premier voyage de Marly, qui sera des quatre rois, des quatre dames et des quatre valets d’un jeu de cartes. »
Cette représentation insolite eut dit-on le succès escompté : comme l’écrira Paul Boiteau d’Ambly un siècle et demi après : « Je le crois aisément : on fêtait le dieu dans son temple. »
Passion du jeu de cartes ainsi mise en spectacle, simple coïncidence ou alors nouvelle affirmation, vivante cette fois, d’un symbolisme caché ?
A chacun d’en juger…
Spader 4♠
Ressources :
– « Les cartes à jouer et la cartomancie », P. Boiteau d’Ambly, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1854.
– « Versailles, l’autre histoire – Volume 1, La science secrète du soleil », Howard Crowhurst, octobre 2022.
– « Mémoires de Dangeau », 10 février 1700.
– « Louis XIV L’envers du soleil », Michel de Grèce, Olivier Orban, 1979.
